Pourquoi les travaux manuels font bon ménage avec l’entrepreneuriat
#4 - Ou comment j'essaie d'éviter le burnout en construisant Licorn
Ola !
Bienvenue dans cette 4e édition de Founder Naked.
Aujourd’hui j’ai choisi d’aborder une contre-thèse de l’univers startup : savoir prendre le temps de ralentir et de penser à soi, au lieu de chercher la vitesse à tout prix, et notamment au prix de sa santé mentale.

Si ce n’est pas déjà le cas, tu peux aussi :
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… mais pas encore découvrir Licorn, ma nouvelle boîte.
Allez, GO !
Au programme
Le discours dominant
Mon malaise avec cette vision
Pourquoi le sport ne m’a pas suffi
Les travaux manuels : occuper le corps ET l’esprit
Ralentir pour tenir (et durer)
Le discours dominant : aller vite coûte que coûte
Je ne sais pas si comme tu suis un peu ce que fait et publie Y Combinator ? Si tu ne connais pas, c’est un gros fonds / incubateur de startups de la Silicon Valley, qui a financé très tôt plein de grosses boîtes techs que l’on connait (AirBnb, Dropbox, Twitch, Reddit, Stripe… et plein d’autres).
Bref, ils publient pas mal de contenu, et compte tenu de leur “palmarès”, ils sont très influents sur la manière de penser des startupers.
Un de leurs mantras c’est, en early stage, d’aller le plus vite possible. Avec très peu d’argent au début, tu dois te dépêcher de sortir un premier concept et prouver que tu as un “product market fit”. Et le reste attendra.
Reid Hoffman : “If you’re not embarrassed by how fast you’re moving, you’re probably moving too slowly.”
Paul Graham : “Startups don’t die because founders work too hard. They die because founders don’t focus hard enough.”
Cela veut également dire que dormir, se reposer, ralentir… est un luxe prématuré.
D’ailleurs le format Y Combinator c’est, après avoir été “accepté”, de passer 3 mois intensifs sur leur campus en Californie, pour se consacrer corps et âme pendant 3 mois non-stop, au développement de son produit et trouver le plus rapidement possible son “product market fit”.
Si l’univers du “coaching” des startups américaines t’intéresse, tu peux d’ailleurs regarder leurs vidéos ou lire leurs articles, il y a plein de choses intéressantes et très utiles → Médiathèque Y Combinator.
Mon malaise avec cette vision
Je préfère être honnête : je suis pétri de contradictions sur ce sujet.
Si je n’avais ni femme ni enfants, j’aurais déjà postulé à Y Combinator. J’adorerais me faire mal et coder jour et nuit, soirs et weekends, pendant 3 mois non-stop, jusqu’à épuisement. Mais laisser ma famille “se démerder” pendant 3 mois, je ne pourrai pas. Dommage.
Mais bon, une fois passé le regret d’un challenge jamais relevé, je me dis en prenant un peu de recul que ce n’est quand même pas très sain. Et que le fait de s’inspirer de tous ces mantras de la Silicon Valley pour organiser sa vie d’entrepreneur, pro et perso, ne peut mener qu’à une chose : l’épuisement physique et surtout mental.
J’ai lu récemment un papier sur Medium qui s’intitulait “Should founders have hobbies?”. J’ai trouvé que cela faisait justement écho à mon propos et à cette idée qu’il faut à tout prix bosser jusqu’à épuisement pour réussir.
“Some investors believe hobbies are a distraction from building a great company.”
Ce CEO prend notamment cette phrase, et la démonte pour montrer qu’il pense au contraire, que pour réussir il faut savoir se vider la tête, se reposer, et miser sur le temps long.
Bon sans surprise je suis plutôt d’accord et je vais détailler ensuite pourquoi et comment je fais pour ma part pour tenir sur la durée. Mais avant je voudrais également porter à ton attention une réflexion issue de mon ancienne vie dans la finance. 👇
Quel est le but des VC ?
Un fonds de Venture Capital (VC) — aka un fonds qui investit dans des sociétés au tout début — se diversifie dans plein de boîtes dont il pense qu’elles ont du potentiel. Il va ensuite les pousser à trouver le plus rapidement possible leur “product market fit” (désolé pour les anglicismes), et ainsi identifier la viabilité de chaque projet.
Si ces startups le font rapidement, cela veut dire que :
Elles n’ont pas besoin de relever avant de l’avoir bien identité, et donc pas besoin pour le VC de remettre au pot ou de se faire diluer trop tôt,
Le fonds peut alors rapidement identifier les pépites les plus prometteuses, qu’il accompagnera sur la durée et pour lesquelles il investira lors des prochains tours de financement. Pour les autres, il ne suivra pas forcément.
Mon but n’est pas ici de cracher sur les fonds et les VC. Chacun son métier. Mais on peut juste, en prenant un peu de recul, se rendre compte que chacun y va de son intérêt, et que les conseils d’un financier ne sont pas non plus sans arrière-pensée.
Et je crois que les statistiques des sociétés de gestion sont plus axées sur le rendement de leurs fonds, que sur le pourcentage de fondateurs préservés du burnout. On n’est donc pas tout à fait dans le même bateau.
Pourquoi le sport ne m’a pas suffi
Cela a le mérite de faire le lien avec ce que je disais au-dessus. En effet les grands entrepreneurs de la tech américaine s’accordent sur le fait qu’en plus de leur rythme de travail intense, ils pratiquent une activité physique régulière, afin de maintenir leur corps en bonne santé.
Et c’est vrai qu’outre le fait de maintenir la “machine” fonctionnelle, l’activité physique régulière :
Réduit le stress,
Diminue l’anxiété,
Améliore l’humeur.
Ainsi, les bénéfices du sport sur la santé mentale sont largement documentés. L’INSERM y consacre pas mal d’études. Si cela t’intéresse, ils font notamment le lien entre l’activité physique et les maladies chroniques, ou comment le sport permet de regénérer certains neurones et maintenir une bonne hygiène mentale.
Sur le papier, tout indique que le sport est un allié naturel de l’entrepreneur.
Harvard Medical School : « Regular physical activity has been shown to improve memory, sharpen thinking, and reduce symptoms of anxiety and depression. »
Pourtant pour ma part, je n’y trouve pas complètement mon compte. Je fais du sport, mais je me sens obligé de faire autre chose en même temps, sinon mon cerveau vagabonde et au final je me dépense mais je pense toujours “au boulot”. Et j’ai l’impression que ce n’est pas bon pour ma santé mentale.
Je me suis donc intéressé au sujet et effectivement d’autres études mettent en avant le fait que lorsque l’activité physique ne mobilise pas fortement l’attention, l’esprit a tendance à vagabonder. On fait donc machinalement des gestes (courir, faire du rameur, du vélo…), et en parallèle on pense toujours aux choses qui nous obsèdent.
Il paraît que les profils intellectuels sont plus sujets à la rumination. C’est France Culture qui le dit. 😊
Mais bon, toujours est-il qu’après avoir fait quelques recherches — et après j’arrête — il s’avère que la charge mentale est liée à des processus cognitifs continus, indépendamment de l’activité physique.
Donc en résumé, faire du sport c’est bien, mais pas suffisant pour se déconnecter l’esprit et alléger sa charge mentale.
Les travaux manuels : occuper le corps ET l’esprit
Si je raconte tout ça, c’est que j’espère que cela peut servir à d’autres. Car pour ma part, j’ai trouvé cette recette complétement par hasard :
Je venais de terminer brutalement mon aventure entrepreneuriale précédente, et j’avais très fortement besoin de me changer les esprits,
Je venais de faire construire une maison, où il restait beaucoup de travaux — notamment extérieurs — à faire,
Et je démarrais un nouveau projet d’entreprise.
Je me suis donc retrouvé à faire des travaux en parallèle du développement de Licorn, et c’est ainsi que j’ai découvert que cela me faisait beaucoup de bien.
Et si on y pense c’est logique :
D’une part on sue à porter des sacs de ciment de 35kg, à faire du béton, à porter des poutres, à creuser des trous…
Et de l’autre il faut penser à la conception, à comment cela va évoluer dans le temps, se projeter, calculer les coûts, faire un planning…
Donc on occupe à la fois son corps et son esprit !
Et avec le recul, c’est ce qui m’a vraiment aidé : être pleinement occupé. Dans beaucoup de sports, le geste devient vite automatique. Le corps travaille, mais l’esprit reste disponible. Et quand on a un métier où l’on pense en permanence, cette disponibilité est immédiatement remplie par le boulot.
À l’inverse, les travaux manuels ne laissent pas cette place. Tu es aussi obligé de penser. Et ça, ça fait du bien. Être obligé de penser à autre chose.
La satisfaction du résultat
Il y a un dernier point que je souhaite mettre en avant : le résultat.
Dans la construction de mon projet / mon “aventure entrepreneuriale”, beaucoup de choses restent abstraites pendant (très) longtemps. En 2025 j’ai par exemple codé quasi toute l’année ; c’est très long.
À l’inverse, quand je termine une aire de jeu pour mes enfants, les bordures de mon allée, ou un truc dans mon potager, je termine quelque chose qui existe vraiment, qui est là sous mes yeux. Et ça, ça fait du bien.
Ce n’est pas du repos passif.
Ce n’est pas une fuite du travail.
C’est simplement une manière différente — et pour moi plus efficace — de déconnecter l’esprit.
Ralentir pour tenir (et durer)
Je précise quelque chose d’important avant de conclure : je ne suis pas en train de dire qu’il faudrait ralentir ton projet ou travailler moins. Ni que la vitesse est une mauvaise chose en soi.
Je comprends très bien la logique des VC. Je comprends très bien la pression du temps en early stage, et aussi l’excitation de donner tout ce qu’on a pendant une période intense. Et d’ailleurs j’adore ça.
Mais je crois qu’il y a une confusion assez répandue entre aller vite et s’user vite.
Dans mon cas, les travaux manuels n’ont jamais été un renoncement. Ils ont été un contrepoids.
Un moyen de continuer à avancer sur Licorn sans me vider complètement. Sans devenir fou.
Un moyen de garder un cerveau clair, un corps fatigué dans le bon sens du terme, et une sensation très simple : celle d’avoir fait quelque chose de concret dans la journée.
Je crois qu’on parle assez peu de ça dans l’écosystème startup : du fait que tenir dans la durée est déjà une performance.
Pas tenir trois mois. Pas tenir un sprint.
Mais tenir des années, avec sa santé mentale, sa famille, et l’envie intacte de construire.
Alors non, ce n’est pas un plaidoyer pour le bricolage 🤣
Mais simplement le constat qu’à force de vivre dans l’abstraction permanente,
le cerveau a parfois besoin de retoucher le réel.
Et que, paradoxalement, ralentir un peu dans sa vie personnelle peut être ce qui permet d’aller plus loin dans son projet.
À la semaine prochaine,
Yoann


