Créer son propre outil de "viral loop"
#9 - Ou comment expliquer par l'exemple la "SaaSpocalypse".
Buen dia !
Bienvenue dans cette 9e édition de Founder Naked.
Cette semaine, je t’explique ce que j’ai fait la semaine dernière en deux jours de boulot, et qui illustre parfaitement le phénomène actuel de “SaaSpocalypse” sur les marchés boursiers : j’ai créé l’application dont j’avais besoin au lieu de payer un logiciel SaaS quelques centaines d’euros par mois.
Si tu es nouveau : je m’appelle Yoann, et je raconte chaque lundi comment je construis Licorn, l’assistant culinaire dont on a toujours rêvé, avec ma femme et mes deux filles. Du Build in public, sans bullshit.
Allez, c’est parti pour ce #9 !

Si ce n’est pas déjà le cas, tu peux aussi :
Me suivre sur Linkedin, où je publie des posts complémentaires,
Découvrir les services que je propose, notamment dans le secteur de la finance…
… mais pas encore découvrir Licorn, ma nouvelle boîte.
Au programme
C’est quoi la SaaSpocalypse ?
Mon setup pour coder une application
Ton benchmark si tu veux une “viral loop”
Comment j’ai développé cela en deux jours
Ma grille pour savoir si j’achète ou je développe
C’est quoi… la SaaSpocalypse !?
Je ne sais même pas si on dit “le” ou “la” SaaSpocalypse, d’ailleurs… Mais je vais dire “la” pour la suite de cette newsletter.
Mais bref. Donc la SaaSpocalypse, c’est le phénomène qu’on observe sur les marchés boursiers et dans le non coté (les deals de startups et PME où investissent des fonds, des Business Angels, etc.) où les valorisations des boîtes SaaS (Software as a Service) se cassent la gueule.
Le phénomène a pris beaucoup d’ampleur, notamment médiatique, depuis le début de l’année 2026 je trouve. Mais la chute a en réalité commencé bien avant, notamment après le pic de 2021, post Covid, où tous les logiciels permettant de travailler à distance ont explosé.
Avant le Covid, on avait encore plein de boîtes qui travaillaient avec des logiciels installés en dur sur les machines, ou qui se servaient peu d’outils collaboratifs et privilégiaient les réunions physiques, les paperboards, etc. À partir de 2020 et des premiers confinements, les entreprises ont dû s’adapter brutalement et permettre à leurs salariés de travailler et collaborer à distance.
Des entreprises comme Zoom ou DocuSign ont explosé, tout le monde s’y mettant. Et les logiciels SaaS ont de manière générale vu leur valorisation grimper, grimper, grimper… Franchement c’était n’importe quoi. On parlait d’ailleurs déjà de bulle à l’époque.
Mais les marchés sont comme ça : tout le monde sait que c’est n’importe quoi, que le vent va finir par tourner, mais tant que ça marche et que tout le monde suit, on continue d’y aller à fond !
Et ça a fonctionné sur les deux grosses années de Covid — 2020 et 2021 — puis ça a commencé à redescendre. Et d’ailleurs certains datent le début de la SaaSpocalypse après le pic de 2021, quand ça a commencé à redescendre. Pour ma part je serais plus mesuré : entre 2021 et 2023, on a juste assisté à un rééquilibrage vers une forme de normalité. Les marchés ont juste arrêté de rêver, et les valorisations sont petit à petit retournées à leur point d’avant, pour la plupart.
Le vrai phénomène qui a lancé la SaaSpocalyse, c’est l’IA, et notamment l’IA pour le développement d’applications, et plus récemment pour le travail en général, avec Claude Cowork. Ainsi ce phénomène s’est vraiment accentué début 2026, où on a eu une vraie prise de conscience sur le fait que les outils IA permettaient désormais de remplacer relativement facilement, certaines tâches qui incombaient jusqu’alors aux logiciels SaaS.
Je te donne quelques exemples de valorisations de boîtes SaaS, entre leur pic de 2020-2021 et maintenant :
Zoom (visio-conférences) : 560$ (2020) → 80$ (2026)
Docusign (signature électronique) : 310$ (2021) → 50$ (2026)
Asana (gestion de projets) : 140$ (2021) → 7$ (2026)
Hubspot (CRM et marketing) : 840$ (2021) → 230$ (2026)
J’aurais aussi pu mettre Salesforce, mais c’est beaucoup plus compliqué à lire, de part leurs nombreuses acquisitions, qui font à elles seules bouger la valorisation.
Par contre, Asana est un très bon exemple qui illustre bien mon propos précédent. En effet, leur cours de bourse suit exactement ces deux phénomènes qui sont pour moi distincts :
Pic anormal en 2020-2021 puis retour à la situation initiale vers 15-20$ ;
Chute de moitié début 2026, en réaction aux bouleversements amenés par l’IA, pour se stabiliser (pour le moment) autour de 7$.
Car en 2026, la valeur perçue des logiciels SaaS a largement chuté. En moyenne, la valorisation sur le Cashflow (les flux d’argent) est passé d’un multiple de x30 à un multiple de x15. Autrement dit : avant les investisseurs étaient confiants sur le fait que les entreprises SaaS allaient générer des revenus sur les 30 prochaines années ; aujourd’hui ils sont descendus à 15 ans. Et ce n’est certainement pas la fin.
Ensuite les choses vont probablement se stabiliser à un moment. Tout du moins pour les entreprises SaaS qui démontreront qu’elles ont les capacité d’innover, de soutenir leur croissance, et surtout de générer de la rentabilité rapidement. Car auparavant, on assumait de financer ces entreprises sur capital, en partant du principe qu’elles engrangeraient plus tard des bénéfices. Aujourd’hui, les investisseurs veulent voir rapidement se matérialiser ces bénéfices, au risque de dévaloriser complètement l’entreprise.
Car deux éléments issus de l’IA viennent remettre en cause leurs fondamentaux :
Le nombre de licences vendues par client : car si un agent IA peut se connecter à l’outil SaaS et faire une partie du job, ai-je vraiment besoin d’autant de licences ?
Le nombre de clients, notamment sur les “mini-SaaS” : si je peux développer facilement avec l’IA “ma” version de ce logiciel SaaS, vais-je l’acheter (payer la licence) ou vais-je le construire ?
Ces questions bousculent actuellement les marchés. Et je te propose un cas très concret, puisque j’ai justement choisi de construire une fonctionnalité que j’aurais auparavant “externalisée” (que j’aurais achetée via un abonnement SaaS).
Mon setup actuel, pour développer ce que je veux, quand j’en ai besoin
Evidemment tout cela fait beaucoup de bruit, mais il faut aussi relativiser les cas d’usages, et distinguer deux façons de construire ce dont tu as besoin :
Tu veux faire un truc vite, que tu peux coder par exemple avec Lovable ou Replit, et en faire une app standalone, c’est-à-dire indépendante de ta stack et de tes autres outils.
Tu considères cette brique logiciel comme une nouvelle fonctionnalité, qui fait pleinement partie de ta stack, et qui est intégrée au reste.
Cas 1 : mini-app indépendante
Je ne vais pas m’attarder sur ce cas car ce n’est pas ce que je privilégie en général. Je trouve cela très bien pour faire des trucs vraiment indépendants, mais j’en ai rarement l’usage.
Mais j’ai vu passer un exemple pertinent il y a quelques semaines sur Linkedin : construire une app IA qui met à la charte une photo de profil pour chaque salarié. C’est pratique — ça évite la corvée de la photo d’entreprise — et c’est super facile à développer et pertinent en standalone.
Pour ces cas, développer l’application sur Replit ou Lovable est amusant et pertinent. Sinon pour le reste, je trouve ces applis de dev IA surtout utiles pour développer des prototypes d’applications.
Cas 2 : fonctionnalité intégrée, cas de ma stack
Dans mon cas, je suis très branché “intégration”.
Comprends-moi bien : c’est le rêve. Pendant 10 ans, j’ai rêvé de construire une plateforme, une application, où le client ne serait pas obligé de se connecter à différents outils ou de naviguer dans différentes expériences (UX).
Car jusqu’alors, pour fonctionner normalement, tu étais obligé d’utiliser tout un tas d’outils, que tu essayais tant bien que mal de connecter entre eux :
Portail d’aide, chat, service client,
Forum / communauté,
Suggestions de fonctionnalités, roadmap partagée,
Viral loops… (et j’en passe)
Et aujourd’hui, l’IA t’offre enfin la possibilité de t’affranchir de ces limites.
Tu n’as plus besoin de te contenter d’une authentification unique pour essayer de faire comme si tes clients naviguaient dans le même univers.
Tu peux réellement développer une plateforme où tes outils interagissent et où le client bénéficie d’une expérience intégrée au top !
Et pour ma part, je rends cela possible en bossant comme ça :
Je suis sur un monorepo, donc tout mon code est au même endroit. C’est plus facile pour coder (mais il faut un gros PC), et toutes mes briques peuvent facilement interagir entre elles ;
Je découpe justement tout ce que je fais en petites briques, notamment des packages partagés entre mes apps, et j’ai une approche très DRY (Don’t Repeat Yourself) ;
J’ai un CMS headless (Payload, racheté depuis par Figma) qui me sert de source de vérité, partagée entre toutes mes apps. Cela me permet d’itérer vite sur un modèle de données quasi unique ;
J’ai un package UI qui centralise tous mes composants UI, que j’utilise ensuite partout (apps web, mobiles, et même emails désormais) ;
Je peux gérer des flux de travail de manière exponentielle, sans surcharger mes apps, en jonglant entre Inngest et certaines fonctionnalités Supabase ;
Je code avec l’IA sur Cursor, en utilisant Notion pour organiser mes PRD et Linear pour découper mes projets en tickets (les deux connectés via n8n avec des automatisations IA). J’utilise aussi beaucoup le mode Plan et les sous-agents dans Cursor.
Petit benchmark si tu veux te faire une “viral loop”
Si tu veux en apprendre plus sur les viral loops, ou growth loops, j’ai lu un article du collectif Bulldozer qui était pas mal sur le sujet. Sans doute en grande partie écrit par l’IA, aux vues de la mise en page et du style, mais peu importe, ça se lit bien et ça synthétise bien les choses :
Pour ma part, je me suis en particulier intéressé à tout ce qui est referral loops, notamment dans le cadre d’un lancement de produit par une startup. J’ai regardé plusieurs boîtes SaaS qui proposent ce genre de produit :
Et comme je voulais un truc simple — car je crois que pour que l’utilisateur partage, il faut un truc hyper simple à comprendre et un seul CTA — je me suis dit que le cas d’une inscription à une liste d’attente avec une position donnée, et le fait de pouvoir améliorer ma position dans cette liste en parrainant des amis, était sans doute le cas le plus basique, et le plus adapté pour moi.
A partir de là, la question est donc devenue :
Est-ce que j’achète, et paye potentiellement quelques centaines d’euros par mois, ou est-ce que je construis, pour moins cher, et mieux intégré ?
Alors si mon truc ne marche pas, et que je suis sous 1.000 participants, cela ne m’aurait coûté “que” 49$ par mois (avec Viral Loops). Seulement si cela marche — ce que je vise évidemment — les coûts vont s’envoler, et moi je n’aurai pas plus de budget alors, le produit n’étant pas encore lancé. J’ai donc opté pour développer moi-même ma “waiting list”.
Comment j’ai développé un outil de viral loop en deux jours
J’ai donc développé mon propre outil de viral loop, type “startup launch”, c’est-à-dire une liste d’attente à laquelle on s’inscrit pour accéder dans les premiers au produit, et qui propose une mécanique de gamification pour monter dans la liste en parrainant ses amis.
Le plus gros challenge, c’est de bien penser les fonctionnalités dont tu as besoin pour faire cela. Car en pratique, cela va bien au-delà de juste faire une liste :
Il faut prévoir l’envoi des emails, du serveur d’envoi à la mise en page,
Le suivi et calcul des positions dans la liste d’attente,
Et le lien avec tes users (la table qui contiendra à terme les nouveaux utilisateurs de ton application), si tu veux boucler la boucle.
J’ai donc fait tout ce travail de planification, et je suis arrivé à cette conception :
J’ai une collection (table) de Subscribers, qui peuvent s’inscrire à une liste d’attente (collections Waitlist Campaigns et Waitlist Entries) et à des Publications (newsletter notamment).
J’ai un lien automatique, au moment de l’inscription ou a posteriori, entre les inscrits à ma liste d’attente et les inscrits à l’application.
Je gère dans mon app la mise en page et l’envoi des emails (double opt-in, rappels de parrainage, ouverture de l’app…).
Concernant l’envoie des emails, j’ai opté pour ces solutions :
Je gère l’envoi via Amazon SES (AWS Simple Email Service). C’est très “brut” et il faut tout gérer, comparé à une solution clé en main, mais cela ne me coûte que 10 centimes par lot de 1.000 email envoyés ;
J’ai utilisé React Email pour créer mes composants emails dans mon package UI, que je stylise via mes design tokens existants. J’assure donc une cohérence visuelle parfaite avec le reste de mon application ;
J’ai développé un petit moteur de conception d’emails dans mon CMS headless, qui me permet juste de composer un email à partir des blocks / composants que j’ai dans ma librairie UI/emails.
Au final, en voulant me créer un outil de viral loop, je me suis également fait un outil d’envoie d’emails, certes basique, mais que je pourrai enrichir par la suite.
Ma grille pour savoir si j’achète ou si je développe (build or buy)
Pour terminer cette édition, je te propose ma grille de lecture sur “est-ce qu’il vaut mieux développer ou acheter ?”. 👇
Pendant longtemps, la réponse était simple. Tu achetais presque tout.
Parce que développer prenait du temps, coûtait cher, et demandait des compétences techniques. Aujourd’hui, l’IA change complètement cette équation. Mais attention : ça ne veut pas dire qu’il faut tout construire.
Pour chaque brique que je dois acheter ou construire, je me pose donc ces 7 questions :
1. Est-ce que c’est stratégique pour mon produit ?
C’est la plus facile. Si c’est au cœur de l’expérience que je propose, alors je construis. Typiquement tout ce qui tourne autour des recettes et de l’assistant IA, je construit, ça va de soi.
2. Est-ce que l’intégration va être un enfer ?
J’ai intégré plein d’outils par le passé. Mais même si on peut en théorie faire plein de trucs, si on paie le bon prix pour la licence, en réalité on se heurte souvent à :
Des webhooks limités,
Des API capricieuses,
Des synchronisations cassées,
Des données dupliquées…
Donc si je pense que l’intégration va devenir plus complexe que le produit, je construis.
3. Est-ce que c’est un problème déjà parfaitement résolu ?
Si le challenge est élevé et que les acteurs en place ont mis du temps à résoudre ce problème, je préfère acheter :
Paiements,
Analytics avancés,
Infrastructure cloud,
Stockage…
Il faut rester humble et vouloir recréer AWS ou Stripe serait une connerie.
4. Est-ce que c’est simple à coder aujourd’hui ?
L’IA change énormément ce point.
Avant, développer une petite fonctionnalité pouvait prendre plusieurs jours ou parfois plusieurs semaines. Aujourd’hui, certaines briques se développent en quelques heures.
Donc forcément l’arbitrage n’est pas du tout le même. J’arbitre plus mon temps que le coût de ma licence Cursor.
5. Est-ce que le SaaS va me coûter cher à long terme ?
Souvent le prix d’entrée des SaaS est faible. Mais même si ce n’est que quelques dizaines d’euros par mois…
Les mois passent vite,
Il faut souvent un plan plus cher pour intégrer l’outil à notre application,
Et tu peux aussi avoir un coût variable qui peut exploser.
Typiquement pour les viral loops, si ton truc marche bien, tu peux vite te retrouver avec des coûts qui explosent, et là t’es bien bloqué à ce moment-là, pour changer d’outil.
6. Est-ce que ça simplifie ou complexifie ma stack ?
Chaque logiciel SaaS ajouté crée :
Une nouvelle interface,
Un nouveau login,
Une nouvelle base de données,
Un nouveau flux d’intégration.
Donc au bout d’un moment, on passe plus de temps à connecter les outils qu’à construire le produit. Et comme je le disais au début, moi mon rêve, c’est une expérience fluide et intégrée du début à la fin.
7. Est-ce que ça me donne un avantage ?
Si je construis quelque chose qui me donne :
Un avantage produit,
Une meilleure expérience utilisateur,
Ou une vitesse d’exécution.
Alors je préfère garder la main. Et c’est aussi comme ça que je me différencie.
Le mot de la fin
C’est un sujet passionnant, et on n’en est qu’au début.
On va voir ce que donne la SaaSpocalypse sur les marchés dans les prochains mois, et ce que l’IA nous ouvre encore comme nouvelles possibilités de développement.
Bonne semaine !
Yoann







